Tourisme social : qui de mieux qu'un militant CFDT pour nous en parler ?

Patrick Bertuel est responsable « montagne » et délégué syndical national à Village Club du Soleil dans le secteur du tourisme social. Partageons ensemble son regard de syndicaliste sur un secteur à la fois concurrentiel avec de fortes variations d’activités, et à vocation d’utilité sociale.

Bonjour Patrick, raconte-nous, qu’est-ce que le tourisme social, et surtout, est-ce que cela fonctionne vraiment ?

Patrick – Absolument ! Ce n’est pas juste de la théorie. Ce concept très intéressant et historique* repose vraiment sur une gouvernance démocratique, définie et organisée par des statuts, avec un directeur général et un conseil de surveillance. Dans ce lieu très stratégique, se prennent toutes les décisions sur la base de bilans sociaux bien plus étayés que ceux imposés par le code du travail. La qualité de réflexion de ce conseil de surveillance – notamment composé des élus du comité d’entreprise et des délégués syndicaux – est réelle, avec des prises de paroles qui sont parfois dures. Personne n’a sa langue dans sa poche et ça bouge ! Les représentants du personnel y sont sincèrement considérés, mais sans exagération non plus... Il est vrai que de nombreux dirigeants sont ou ont été militant eux-mêmes. Ceci peut aussi expliquer cela.

CFDT Services - Village Club du Soleil vient de fusionner avec Renouveau, comment cela se passe ?

Patrick – Ce changement est compliqué car il implique 13 villages à gérer en plus. Malgré la baisse de nos prétentions salariales nous ressentons une certaine fierté car nous avons sauvé les salariés d’une inscription à pôle emploi. A cela, nous avons maintenant l’assurance que la direction des villages club du soleil ainsi que les instances représentatives du personnel resteront vigilantes sur la suite des évènements, car aujourd’hui le plus dur reste  à faire : construire ensemble. L’inquiétude résiduelle à ce jour provient surtout de la différence du changement des méthodes de travail.

CFDT Services - Parle-nous de ton métier, des relations à la clientèle. Sont-elles sources de stress comme dans de nombreux secteurs ?

Patrick –Je suis responsable montagne. Nous accompagnons les clients en randonnée et en VTT l’été, en raquettes l’hiver. Les relations avec la clientèle sont très sympathiques. Il faut dire que nous sommes dans une position dominante car nous travaillons dans la montagne, ce milieu naturel que l’on connait, et pas eux. Les conflits très rares. Non, la vraie problématique liée à la clientèle provient de ceux qui ne déconnectent pas du travail. Et ils sont nombreux… Dès qu’il y a du réseau, ils en profitent, et les coups de fil en pleine montagne ne sont pas rares…

CFDT Services -Avez-vous recours aux travailleurs saisonniers pour gérer les pics d’activités ?

Patrick – Enormément puisqu’ils représentent en moyenne 80% de l’effectif. On essaie au maximum de les aider. L’été, les profils des saisonniers sont différents, ce sont surtout des étudiants. Cette population est globalement plus calme, plus établie. L’hiver, les saisonniers ont des parcours plus divers et souvent chaotiques. Beaucoup d’écorchés vifs, souvent très volontaires au début mais qu’il faut aider à persévérer par la suite. 30% d’entre eux reviennent l’année suivante. Dans l’échelle sociale, on peut dire que le tourisme social donne plus de chance aux salariés. Ce type de relations est très enrichissant.

CFDT Services - Est-ce que tourisme social rime avec CFDT ?

Patrick – Si on se réfère aux dernières élections, absolument ! Puisque la CFDT a été très majoritairement reconnue à 80,35%...          Un juste retour d’une dynamique de développement et d’un syndicalisme qui prend le temps de la réflexion et du dialogue.

 

Le tourisme social ne date pas d’hier…

1936 : instauration des congés payés, un acquis fondamental pour la démocratisation des vacances. Deux semaines de vacances, mais en plus payées… une vraie révolution !

1946 :le Conseil national de la Résistance donne naissance aux Comités d’entreprise et aux Caisses d’allocations familiales avec des rôles essentiels dans le développement d’un tourisme accessible au plus grand nombre.

1979 : création de la convention collective du tourisme social et familial.

1982 :instauration de la cinquième semaine de congés payés dont l’un des principaux objectifs est la démocratisation des vacances de sports d’hiver et la création de l’Agence nationale pour les chèques vacances.

 

Repères :

 

Les valeurs du tourisme social

Sa vocation est de permettre à chacun de partir en vacances et de pratiquer des activités de loisirs. Il vise à rendre effectif le « droit aux vacances », et l’accessibilité du tourisme à tous : les jeunes, les familles, les retraités, les personnes aux revenus modestes, les personnes à capacité physique restreinte, etc.

Le tourisme social est porté par des acteurs associatifs, coopératifs ou mutualistes.

L’ambition du tourisme social est de :

v  défendre un principe de gestion désintéressée avec une lucrativité nulle, limitée ou encadrée, et de privilégier le réinvestissement et non la rémunération du capital,

v  pratiquer une politique tarifaire engagée, avec notamment la prise en compte du quotient familial,

v  promouvoir un management étique en plaçant l’homme au cœur de l’organisation,

v  proposer une offre de qualité,

v  contribuer au développement local et la valorisation du territoire.

 

Continuons à défendre le « droit aux vacances » !

Alors que depuis les années 1950, le taux de départ en vacances était en progression constante, depuis les années 1990 il ne cesse de diminuer ! Les classes populaires sont le plus fortement touchées mais également les classes moyennes, en voie de paupérisation.

Plus on monte dans l’échelle sociale, plus on a de chance de partir en vacances : à peine plus de 40% des ouvriers partent en congés contre 70% des cadres supérieurs.

En 2010, 47% de la population n’est pas partie en vacances. La moitié d’entre elles n’en avaient pas les moyens financiers. Pas étonnant au regard du prix d’une semaine de location qui équivaut à la moitié d’un SMIC.

 

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